Récit GR10 GRdiste Stéphanie Thibault

Stéphanie Thibault une traversée en 28 jours

Récit GR10. Avertissement : Il y a lieu de rappeler que le niveau de marche de Stéphanie est très très bon. Son retour d’expérience semble donner l’impression que son rythme est plutôt tranquille, il n’en est rien. Si vous souhaitez vous inspirer de son expérience pour votre préparation alors n’oubliez pas que votre condition physique devra être optimale. Cependant même sans avoir un niveau sportif excellent vous trouverez dans cet entretien une mine d’informations intéressantes pour votre préparation! bonne lecture.

Alors Stéphanie, félicitation pour ta « performance » sur ce gr10. Tu as parcouru seule plus de 810 kms de sentier entre Hendaye et Banyuls en seulement 28 jours. Il est vrai qu’en prenant certaines variantes, tu as gagné 90 kms sur le parcours « officiel ».

J’ai pris la variante par le col de Riou entre Cauterets et Gavarnie, j’ai rallongé pour contourner la Hourquette d’Arre en passant par Eaux-Bonnes, j’ai coupé après Bassies, je suis descendue direction Auzat d’où j’ai rejoint Olbier puis Goulier

Je constate que si tu avais suivi scrupuleusement le parcours « officiel » tu n’aurais pas mis plus de 31 jours à faire la grande traversée. Ceci constitue donc une réelle performance. Comment t’est venue l’idée de réaliser cette traversée? par défi sportif ou psychologique? amour de la montagne?

Je fais de la randonnée depuis toute petite (je suis originaire d’Auvergne). J’avais arrêté jusqu’à ce que je rencontre des amis qui faisaient de la rando en 2009. J’ai notamment rencontré une fille qui a fait St Jacques de Compostelle toute seule en 69 jours, et là ça a été le déclic. Je me suis dit, il faut que je fasse la même chose. J’ai également un très bon ami qui part 4 semaines deux fois par an, seul, faire des treks, et ça me faisait rêver. Mais pour ça, il faut du temps ! J’ai profité d’une période de chômage pour réaliser cette traversée.

Pourquoi le GR10 et pas un autre ?

Parce que j’habite à Toulouse, donc c’était plus pratique.

Comment as-tu abordé ce trek? Es-tu partie à l’aventure sans savoir ce que le lendemain allait t’apporter ou avais-tu une idée très précise de ce qui allait t’attendre?

J’avais méticuleusement préparé mon trek. J’ai lu plusieurs récits dont le tien, j’avais relevé toutes les infos sur les topo-guides, j’avais repéré les gîtes, campings, lieux de bivouacs et les horaires des supérettes. Je m’étais préparée des étapes, mais juste à titre indicatif, pour me fixer des repères. En vrai, je n’ai pas suivi mes étapes prévues, je suis allée plus vite! J’avais estimé mes étapes de la manière suivante : 100m de D+ compte pour 1km. Donc par exemple 30km et 2000m de D+ équivalent à 50km. Et je pensais que 45km par jour était raisonnable. Mais souvent j’étais plus à 50. (je ne sais pas si c’est très clair !)

Au niveau de la préparation physique, J’ai pu constater sur ton blog que tu étais une adepte des trails depuis quelques années maintenant. A ce propos, j’ai vu qu’à de nombreuses reprises, tu t’étais classée parmi les meilleures. Ton temps sur le marathon est de 3h10! Il ne fait aucun doute que tu entretiens régulièrement une forme physique au top. Peux-tu nous dire quel est ton niveau d’entrainement physique régulier?

Je ne cours pas beaucoup (si si c’est vrai !). Je fais en moyenne 3 sorties par semaine. Deux sorties sur piste (VMA courte, VMA longue) et une sortie longue le WE (qui peut être une vraie sortie de course de 2h, ou une rando course de 6-7h). Le deuxième jour du WE, je fais souvent une rando ou du vélo. Et en été, j’aime bien partir 2 jours en rando avec la tente. En fait, je ne suis pas de plan d’entraînement précis, sauf si je prépare une course sur route comme le marathon. Sinon, c’est plus au feeling. En moyenne, je ne suis qu’à 40km de course par semaine.

Dans le cadre de ce long trek, as-tu modifié ton plan d’entrainement hebdomadaire?

Non, pas du tout. Je fais du sport toute l’année, pour moi le GR10 ne me posait pas de difficultés physiques, je ne m’y suis pas vraiment préparée. Pour moi, c’est la continuité de ma préparation trail, et c’est même une prépa à l’UTMB que je vais faire fin août (le Tour du Mont-Blanc en trail).

Au niveau de la cartographie Quels supports t’ont permis de préparer le parcours? (les topos guides de la FFRP, les cartes au 1/25000ème, etc…). Sur le terrain, as-tu utilisé des cartes ou autre moyen de localisation ou as-tu fait confiance simplement au marquage?

J’avais imprimé ton topo sur 2,5 pages, ce qui me permettait de savoir les kms et le dénivelé. Je me suis fait des cartes en faisant des copies d’écran sur géoportail. J’avais 9 pdf. C’est tout petit et illisible, mais j’arrivais à me repérer. Et j’avais un GPS dans lequel j’avais les fonds de carte et j’avais rentré tout le tracé. Je suis assez douée pour rater des marques ! Je ne l’allumais que quand je ne voyais plus de marques. Il m’a été très utile, notamment au Pic de Munhoa où j’étais dans un brouillard épais et où je ne voyais rien, dans les parties détruites par les inondations, et pour contourner la Hourquette d’Arre. Et c’était aussi au cas où je doive arrêter, pour faire des variantes.

Au niveau du matériel. Sur ton blog, tu nous donnes la liste exhaustive de tout ce que tu as emporté (le lien vers ta liste de matériel sur ton blog). Penses-tu avoir fait le bon choix quant au matériel choisi? si tu devais refaire ce parcours, y’a t’il quelque chose que tu rajouterais ou que tu enlèverais de cette liste?

Je pense avoir fait le bon choix. Je n’enlèverais rien, je ne rajouterai rien. Je regrette juste de ne pas prendre de photos. Mais ce n’est pas propre au gr10, je n’en prends habituellement pas, les souvenirs sont dans ma tête. Mais je me dis que quand même, ça m’aurait laissé des images. Mais de toute façon, un appareil, c’est trop lourd!

Au niveau du ravitaillement Tu n’as, à priori pas eu de problème de ravitaillement sur l’ensemble du parcours (lien vers ton retour d’expérience ici). Cependant, n’as-tu pas été confrontée au problème d’heure d’ouverture des épiceries? lorsque tu passais par une épicerie, quelle quantité de nourriture prenais-tu et pour combien de jour, pour assurer un minimum d’autosuffisance?

Je n’ai pas eu de problème. J’avais noté avant les horaires des supérettes. Je ne comptais pas trop sur celles des petits villages, je comptais plus sur les supermarchés. C’est aussi l’avantage de faire de longues étapes, j’étais plus vite au ravitaillement suivant. Je prenais juste le nécessaire pour aller au ravitaillement suivant. Je ne prenais pas de rab, sauf si je n’avais pas le choix (il n’y a pas de boîtes plus petites que 500g pour la semoule par exemple).

Au maximum, j’ai acheté pour 4 jours, donc 1kg de semoule, 1 paquet de pain de mie de 550g, 300g d’emmental, 2 tablettes de chocolat blanc, 1 paquet de 400g de biscuits petit déj, un paquet de pain d’épices pour les en-cas de 470g. Et un fruit que je mangeais de suite ! Donc au max, je me rajoutais 3kg.

Compte tenu du rythme « d’enfer » que tu as tenu, as-tu simplement marché ou as-tu alterné marche et course à pied?

J’ai juste marché. Parfois je me laissais entraîner dans les descentes (je trottinais) mais parce que je me laissais aller. Je n’ai jamais voulu courir. Je n’allais pas spécialement vite, c’est « juste » que je me levais à 5h30-6h et que je faisais peu de pauses (1/4h pour le petit déj, 1/2h le midi, et on va dire 1/2h pour des pauses diverses). Et tant qu’il n’y avait pas d’orages, je marchais jusqu’à 18h, donc ça me laissait du temps pour avancer ! Mais je devais quand même marcher vite, parce que c’est vrai que je doublais du monde!

Au niveau de l’alimentation, j’ai lu sur ton blog que tu avais apprécié particulièrement la semoule (!!) aux repas! La semoule est un sucre lent que je n’ai pas apprécié du tout à titre personnel lors de ma traversée. T’es-tu contentée uniquement de semoule ou as-tu aussi alterné avec de la purée en flocon par exemple?

Que de la semoule ! Ou du pain de mie, mais jamais de purée, riz ni pâtes. Pour la bonne raison que je n’avais pas de réchaud, et que la semoule gonfle à l’eau froide.

As-tu bien géré et varié ton alimentation? N’as-tu pas souffert de manger toujours la même chose?

Bien géré, je dirais oui parce que je n’en ai jamais manqué. Varié, non mais de toute façon, dans la vie normale je ne varie pas non plus. (je mange des pâtes tous les jours!). Donc ça ne m’a pas posé de problème de manger la même chose pendant un mois.

Peux-tu nous en dire plus sur « ton tube de sel »?

C’est juste que j’ai mis du sel dans un tube genre efferalgan effervescent pour le transporter. Mais ce n’était pas suffisant pour un mois, donc quand il était vide je le remplissais en demandant dans les refuges ou à des gens dans les campings.

N’as-tu pas eu de problème de ravitaillement en eau? as-tu utilisé des pastilles pour l’eau?

Non, il y a de l’eau partout. J’en prenais dans les ruisseaux, et en général je ne portais que 0,5L. Je n’ai pas utilisé de pastilles parce que j’avais oublié les miennes. Et je n’en ai pas rachetées, parce que je ne suis pas fragile du ventre, et que vu l’altitude et le débit des ruisseaux, je pense que je ne risquais pas grand-chose. J’ai juste pris plus d’eau sur la fin, après Arles sur Tech l’eau se fait rare.

Concernant les bivouacs et les logements, tu nous décris assez précisément sur ton blog les campings, les lieux de bivouacs, les cabanes et autres gîtes étape que tu as fréquenté. Si tu devais donner un conseil concernant l’hébergement à ceux qui envisagent de partir dans le même état d’esprit que toi (seuls en autonomie) lequel serait-il? (plutôt privilégier les bivouacs? les campings? les refuges?…)

Idéalement les bivouacs, c’est génial d’être seul au milieu de la nature. Sauf que c’est difficile de trouver des endroits plats, avec de l’eau, au moment où on veut s’arrêter ! Et puis il y a la météo, et la solitude qui pèse malgré tout. Donc je conseillerais d’alterner. D’aller en gîte ou refuge si la météo est mauvaise, ou pour voir du monde. Le bon compromis, c’est le camping. On reste en tente, mais il y a des douches, des salles pour se mettre à l’abri. Ou de bivouaquer à côté d’un refuge pour être en compagnie d’autres randonneurs. Mais là, mieux vaut éviter les refuges en bord de parking, plus remplis de touristes que de randonneurs ! Au début, c’est dur d’être seul, et à la fin on a envie d’être seul ! Vu qu’il y a du choix, l’idéal est de faire en fonction de ses envies.

Compte tenu des nombreuses possibilités d’hébergement réparties sur l’ensemble du parcours, la tente te parait-elle absolument indispensable?

Indispensable, non. Mais tout dépend de son objectif et de sa capacité physique. Perso, je préfère porter ma tente et me dire que je suis libre. Je m’arrête où je veux, quand je veux, je ne dépends pas d’un refuge ou d’un gîte. Il n’y a pas le stress que le refuge soit complet, que la cabane soit déjà occupée … Mais il faut pouvoir porter 10kg sur le dos, ce qui n’est pas forcément facile. Et il faut aimer dormir sous la tente, ne pas forcément pouvoir se laver …

Si c’était à refaire, serais-tu tentée de faire ce trek dans un esprit plus trail donc plus rapide, sans tente, avec un équipement plus léger en privilégiant un hébergement seulement en gîte étape?

J’avoue y avoir pensé. Quand le sac me pesait, je me disais que je serais mieux en mode light. Quand je me sentais seule et que je m’ennuyais, je me disais que j’aurais pu le faire en courant, que j’aurais gagné du temps. Mais au final, je ne regrette pas mon choix. Je préfère marcher que courir. C’est une autre organisation, il faut prévoir ses étapes, réserver les gîtes … c’est moins l’aventure. Mais j’y songe quand même!

Sur le facebook de gr10.fr, un trailleur de haut niveau a diffusé le compte rendu de sa traversée « esprit trail » en seulement 12 jours (juillet 2013)!!! (avec quelques variantes toutefois). Avec tes capacités physiques et dans le cadre d’une traversée « esprit trail » en combien de jour penserais-tu raisonnablement pouvoir réaliser ce trek?

Je ne sais pas trop, peut-être 20 jours. Tu ne fais pas forcément des étapes plus longues, parce qu’il y a la fatigue qui intervient. J’étais déjà souvent à 30km et 2000m de dénivelé. Je dois pouvoir passer à 40km et 2500m, ce qui ferait une vingtaine de jours.

Vous pouvez retrouver Stéphanie THIBAULT sur son blog

Point info

Pour toutes questions relatives aux dossiers de préparation, n’hésitez-pas à contacter :
Eric CHAIGNEAU
animateur bénévole des Amis GRdistes.
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